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Nous mettons

l’initiative permafrost sur pause

Plus des deux tiers des gaz à effet de serre suisses se cachent dans les produits importés. Ces émissions sont ignorées dans notre bilan climatique. Elles n’entrent dans aucun objectif et augmentent d’année en année. Avec l’initiative permafrost, nous adressions précisément ce problème.

En savoir plus sur les émissions importées

L’année écoulée a mis en évidence une vérité difficile : la politique fait marche arrière sur les questions climatiques. Le Conseil fédéral veut économiser 400 millions du budget fédéral pour la protection du climat, Albert Rösti retarde la mise en œuvre de la loi climat, et même l’Office fédéral de l’environnement a admis qu’avec la trajectoire actuelle, nous manquerons largement nos objectifs climatiques. Ce recul général s’est également fait sentir dans notre travail pour l’initiative permafrost. Les priorités politiques se situent ailleurs.

Ces évolutions sont un signal clair : les objectifs de la loi climat sont attaqués de front. Nous devons réagir. Il est donc crucial de défendre la loi climat et dès maintenant et de contrer l'inaction dans la politique climatique. Si nous ne le faisons pas, l’objectif de neutralité carbone s'éloignera considérablement.

Ensemble, notre communauté a récolté des signatures pour l’initiative pour les glaciers, est partie en randonnée, a accroché des drapeaux et diffusé notre message. Cette mobilisation a ouvert la voie à la loi climat et nous a permis de remporter une victoire historique aux urnes. Il est donc de notre responsabilité de défendre la loi climat contre toute tentative d’affaiblissement. Ce travail exigera toute notre attention cette année.

Après de longues réflexions, nous avons donc décidé de mettre en pause le lancement de l’initiative permafrost. Cette décision n’a pas été facile à prendre, car le thème de l’initiative – les importations polluantes – est important. Toute notre équipe ainsi que de nombreuses personnes engagées ont investi beaucoup de passion et de temps ces derniers mois dans ce nouveau projet d’initiative.

À l’heure actuelle, nous devons cependant concentrer toutes nos forces pour défendre et faire respecter la volonté populaire en matière de protection du climat. Concrètement, cela signifie pour cette année que nous nous engageons par des échanges directs, du travail de communication et des faits clairs contre les coupes climatiques du budget fédéral, pour une mise en œuvre cohérente de la loi climat et pour une nouvelle loi sur le CO₂ efficace et ambitieuse.

Justement maintenant, il est essentiel que nous luttions ensemble pour que la protection du climat redevienne une priorité. Peux-tu soutenir cet engagement par un don ?

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--- Décryptage ---

Émissions importées : l’angle mort de la politique climatique

Dans un communiqué publié à la mi-avril, l’administration fédérale a annoncé que les émissions de gaz à effet de serre de la Suisse avaient diminué de 26 % depuis 1990 (1). La Suisse est-elle donc sur la bonne voie pour atteindre ses objectifs climatiques ? La réponse est plus complexe. Plus des deux tiers de nos émissions ne sont pas générés en Suisse , mais à l’étranger (2) – lors de la production, de la transformation et du transport de biens consommés ou utilisés ici, comme l’acier, le plastique ou l’électronique.

Ces émissions importées apparaissent à peine dans le bilan climatique officiel – et c’est justement là que se trouve l’une des plus grandes failles, encore largement ignorée, de notre politique climatique.

Qu’appelle-t-on « émissions
importées » ?

Les émissions importées (3) sont générées lors de la production et du transport de biens importés puis consommés en Suisse. Parmi les principaux produits concernés figurent notamment : acier, ciment et aluminium, véhicules et machines, électronique, textiles et autres biens de consommation, produits alimentaires, pétrole (4), produits chimiques et plastiques, produits pharmaceutiques.

Pourquoi est-ce un problème ?

La Suisse aime se présenter comme un modèle en matière de politique climatique – avec des objectifs ambitieux et des succès dans la réduction des émissions nationales. Mais cette réussite n’est que la moitié de la vérité. En effet, le bilan officiel occulte les émissions importées. Cette pratique masque une large part de notre responsabilité réelle et donne l’illusion de progrès qui, en réalité, résultent souvent du simple transfert des émissions à l’étranger. Sur le papier, la Suisse se targue d’un bilan exemplaire, mais si l’on inclut les émissions importées, elle fait partie des pays affichant les émissions par habitant les plus élevées au monde (5).

Graphiques: Part des émissions nationales et importées en 2021 (gauche) et évolution des émissions importées et domestiques de la Suisse depuis l’an 2000 (droite) (2)

Fuite de carbone – un transfert injuste des émissions à l’étranger

La fuite de carbone désigne le phénomène par lequel des entreprises déplacent leur production à l’étranger pour échapper à des réglementations climatiques plus strictes en Suisse. Résultat : les émissions nationales diminuent, car la production polluante n’a plus lieu sur notre territoire. Mais au niveau mondial, les émissions restent inchangées, voire même augmentent.

Des experts climatiques et des organisations comme le GIEC soulignent : la protection du climat ne doit pas s’arrêter aux frontières nationales. Les émissions doivent être prises en compte non seulement là où elles sont produites, mais aussi là où elles sont causées. En ne prenant pas en compte les émissions importées, nous déplaçons de facto la charge climatique dans d’autres pays – tout en nous donnant ici une image faussement vertueuse.

Graphique: Émissions importées par habitant (nettes) (6)

Chiffres et faits : la Suisse, championne des importations

Selon les données de l’Office fédéral de la statistique, au moins deux tiers de notre empreinte climatique totale proviennent de l’étranger (2). Alors que les émissions domestiques ont pu être réduites d’environ 23 %, les émissions importées n’ont guère baissé depuis 2000, et ont même fortement augmenté selon certaines estimations. L’Office fédéral de la statistique parle d’une baisse d’à peine 1 %, tandis que le Global Carbon Project évoque une hausse de plus de 30 % (7).

Pourquoi la politique climatique actuelle est insuffisante

La politique climatique suisse se concentre encore principalement sur les émissions générées à l’intérieur des frontières :

👉 Aucun objectif légal de réduction pour les émissions importées n’a été fixé.

👉 Il n'y a pas d'incitations à privilégier des chaînes d'approvisionnement respectueuses du climat ou une consommation durable.

👉 Les entreprises suisses qui produisent de manière plus propre sont désavantagées face aux importations polluantes.

De cette occultation des questions liées aux émissions importées résulte un tableau incomplet de notre responsabilité climatique. Cela affaiblit nos efforts et entrave la concurrence équitable.

Ce que veut changer l’initiative permafrost de l’Association suisse pour la protection du climat

L'initiative permafrost vise à inclure pour la première fois les émissions importées dans le bilan climatique suisse et à exiger des mesures concrètes :

💪  Nous comblons la plus grande lacune climatique suisse. Pour presque tous les domaines climatiques, nous avons fixé des lois. Or, sur les émissions importées, nous n'en avons pas. Et ce, malgré le fait que les émissions importées représentent la plus grande partie de nos émissions nationales.

🏔️ Protégeons ce qui nous est cher. En tant que pays alpin, la Suisse est particulièrement concernée. La température augmente nettement plus rapidement chez nous que dans la moyenne mondiale. C'est quand nous nous attaquons vraiment à toutes les émissions que nous pouvons nous protéger - et protéger tout ce qui nous tient à cœur.

🌱 Nous rendons l'économie suisse viable pour le futur. En tant que pays innovant, la Suisse a de nombreuses solutions à proposer. Cela mérite d'être récompensé. Ceux qui produisent de manière équitable et propre ne seront plus désavantagés par rapport aux produits importés bon marché et nuisibles au climat.

Conclusion : la protection du climat ne doit pas s’arrêter aux frontières

Si la Suisse veut réellement protéger le climat, elle ne peut plus fermer les yeux sur les émissions importées. Sans les prendre en compte de manière équitable, notre politique climatique reste incomplète et biaisée. L’initiative permafrost comble la plus grande faille de notre bilan climatique et renforce en même temps la capacité d’innovation de notre économie.

Écrivons l’histoire ensemble – avec la première initiative qui prend en compte l’ensemble du bilan climatique de la Suisse. Pour une véritable justice climatique. Pour notre avenir. Pour nous toutes et tous.


Sources

1 Office fédéral de l’environnement (OFEV), Inventaire des gaz à effet de serre pour l’année 2023 : léger recul des émissions, communiqué de presse du 15 avril 2025, https://www.skb.admin.ch/fr/newnsb/jZ9yEBFvQspwJq3HIWgEA (consulté le 05.06.2025).

2 Office fédéral de la statistique (OFS), Indicateur d'environnement – Émissions de gaz à effet de serre, https://www.bfs.admin.ch/bfs/fr/home/statistiken/raum-umwelt/umweltindikatoren/alle-indikatoren/emissionen-und-abfaelle/treibhausgasemissionen.html (consulté le 05.06.2025).

3 Les émissions importées sont souvent également appelées « émissions grises ». Ce terme est toutefois plus large et désigne en principe l’ensemble des émissions générées tout au long de la chaîne d’approvisionnement d‘un produit – y compris les produits qui ne sont pas importés. Elles surviennent dans tous les secteurs et concernent une grande variété de biens et de produits.

4 Certes, un peu plus de 80 % des émissions issues du pétrole sont générées lors de la combustion, donc en Suisse, mais 18 % des émissions proviennent de l’extraction, du raffinage et du transport du pétrole. Ces émissions représentent donc également une part importante des émissions importées.International Council on Clean Transportation (ICCT) : Carbon Intensity of Crude Oil in Europe, décembre 2010. https://theicct.org/sites/default/files/ICCT_crudeoil_Eur_Dec2010_sum.pdf  (consulté le 5.06.2025).

5 En 2020, la Suisse occupait la 18ᵉ place mondiale en termes d’émissions par habitant, en incluant les émissions importées.https://ourworldindata.org/grapher/consumption-vs-production-co2-per-capita?tab=table&time=1990..2019 

6 La Suisse figure parmi les pays affichant les émissions importées les plus élevées au monde. La carte montre de manière frappante la comparaison entre les pays.Our World in Data, Imported or exported CO₂ emissions per capita; https://ourworldindata.org/grapher/imported-or-exported-co-emissions-per-capita (consulté le 5.6.2025).

7 Our World in Data, Suisse : Profil CO₂ par pays ; https://ourworldindata.org/grapher/production-vs-consumption-co2-emissions?country=~CHE&tableSearch=swi (consulté le 5.6.2025)

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